Coca-Cola a remaké sa pub culte de 1971 et Mark Ritson l’a passé au tordeur

Gabriel Milliard
Gabriel Milliard
· 5 min de lecture
Image mise en avant potin marketing Coca-Cola remake pub Hilltop 1971 Mark Ritson critique

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Avant (juillet 1971)

Une colline en Italie. 1 200 figurants habillés en costumes folkloriques de leurs pays respectifs, alignés sur l’horizon. Un chœur multilingue qui chante I’d like to buy the world a Coke. La pub la plus chère jamais tournée à l’époque – 150 000 $ par-dessus le budget initial, parce que des vents de 70 mph ont soufflé le tournage anglais avant qu’ils déménagent l’opération à Rome.

Bill Backer, directeur de création chez McCann Erickson, avait écrit la ligne sur une serviette à l’aéroport de Shannon en janvier 1971, après avoir vu des passagers grognons s’adoucir en partageant un Coke pendant qu’un brouillard clouait leur vol au sol. Anecdote véridique. Les pubs sortent rarement d’aussi belles histoires.

Diffusion en juillet 1971. 100 000 lettres reçues. Zéro plainte. La chanson devient un vrai hit pop. La pub entre au panthéon, juste à côté de Think Different et Just Do It. Mad Men l’utilise pour clore sa série en 2015.

Bref, l’une des dix plus grandes pubs du XXe siècle. Une œuvre.

Après (avril 2026)

Un chœur en blanc. Un pont à l’aube. Un road trip plein phares. Une partie de baseball. Un saut dans un lac au coucher de soleil. Un rancher qui regarde le soleil se lever sur – au choix – la mère patrie, son ranch, ou le néant. Un BBQ dans le sud. Un surfeur qui sort de l’eau du Pacifique.

C’est très américain. Très polished. Très Coca-Cola.

25 chanteurs de divers horizons enregistrés live à Los Angeles, mixés en blues-gospel-choir. La phrase mythique a été ajustée pour l’occasion : le world est devenu America. I’d like to buy America a Coke.

Production signée Ogilvy, plus cinq autres agences, plus tout l’engin WPP Open X derrière. Diffusion en première lors de la finale du NCAA March Madness 2026, dans le cadre de la campagne « Drink in America » pour les 250 ans des États-Unis.

Trois minutes. Très joli, oui. Mais c’est là que ça se gâte.

Le procès

L’accusation

À la barre : Mark Ritson, columnist au Drum, fondateur de MiniMBA, et grand-prêtre autoproclamé du marketing.

Le 13 avril 2026, il dépose sa chronique. La première phrase claque comme une porte :

« This is a very good ad. And Coca-Cola should never have made it. »

Sa thèse, en gros : Coke avait dans son archive l’une des dix plus grandes pubs jamais tournées. Encore intacte. Encore culturellement résonnante. Encore chargée de cinquante-cinq ans de chaleur émotionnelle stockée. Pis dans une Amérique 2026 dont le climat politique rime étrangement avec la division de 1971, le geste évident, simple, gratuit, c’était juste de rediffuser l’original tel quel. Point.

À la place, Coca-Cola a mobilisé six agences pour produire un remake qui, selon Ritson, « n’arrive pas à la cheville » de l’original.

Sa punchline finale fait mal : « Marketing ego is a strange and powerful thing. »

Câline.

La défense

Si on devait plaider pour Coca-Cola, on dirait quoi ?

D’abord, qu’America250 est un moment unique qui mérite du contenu spécifique, pas une rediffusion d’archives. Ensuite, que le public 2026 n’est pas celui de 1971, fait que faut ajuster un brin. Que les 25 chanteurs sont vrais, enregistrés live à LA, sans IA – un détail qui compte vu le passé récent de Coca-Cola avec les pubs IA-générées qui ont rage-quitté Internet en 2024 et 2025. Que la finale de la March Madness, c’est la plus grosse fenêtre média de l’année. Pis que l’industrie publicitaire elle-même, selon The Drum, a « reçu la pub chaleureusement ».

Bon. Pas faux.

Mais quand ton meilleur argument c’est « l’industrie a aimé ça », tu sais que t’es dans le trouble.

La sentence des gens

Sur Internet, c’est divisé. Les défenseurs trouvent ça beau, sincère, bien produit. Les critiques sortent leur lien YouTube vers la version 1971 et l’épinglent partout en commentaire avec un « regardez plutôt ça » satisfait. Sur LinkedIn, la chronique de Ritson a été repartagée des centaines de fois en 24 heures.

Et pendant que les agences se félicitent, le clip Hilltop original tourne encore sur YouTube depuis 2012, intact, dans un coin du web. Toutes ses vues. Toute sa nostalgie. Toute sa simplicité de 1971.

Iss.

Tu veux d’autres flops publicitaires qui ont fait jaser ? Va voir l’anatomie du flop Pepsi × Kendall Jenner ou le rebrand Cracker Barrel qui a coûté 143 M$ et duré 8 jours.

Sources : The Drum (Mark Ritson), Ad Age, Coca-Cola – Drink in America (YouTube).

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